Un écrivain pas très malin
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Scène I
Fernand : (joyeux) Je viens de convoquer Gertrude, ma femme afin de lui annoncer une grande, grande nouvelle : nous sommes ruinés ! Par conséquent, il faut que je me remette au travail, mais cela risquerait de beaucoup me fatiguer ; aussi ai-je décidé que ma très chère épouse écrirait le livre qui nous rendra riche à ma place ! Oui, je suis en effet écrivain. C’est un travail très honorable qui ne m’a jamais rapporté un louis ! (pensif) A vrai dire, je n’ai jamais écrit de livre. (Retrouvant sa joie) C’est pourquoi Gertrude doit écrire à ma place !
Scène II
Gertrude entre.
Gertrude : (nonchalante) Vous m’avez appelée ?
Fernand : Oui ! Nous sommes ruinés ! Par conséquent, il faut que je me remette au travail.
Gertrude : Soit. Et en quoi cela me concerne-t-il ? Vous faudrait-il quelques conseils pour l’orthographe et la grammaire ?
Fernand : Non. C’est vous, ma douce qui écrirez à ma place !
Gertrude : Excusez-moi, je crains que mon oreille … ma langue … non, mon oreille n’aie… fourché.
Fernand : (fort) Je dis, c’est vous qui écrirez à ma place !
Gertrude : Mais c’est HORS-DE-QUESTION !
Fernand : Oooh si ! (sur un ton pressant) Je vous garantis que vous écrirez !
Gertrude : Mais non ! (suspicieuse) Auriez-vous trop bu ? Je vous dénoncerai à travers ce livre !
Fernand : Silence ! Vous écrirez. J’ai une idée. Nous allons convoquer nos amis.
Scène III (chez Fernand et Gertrude)
Laurent : Tu seras battue ! Laisser brûler le pain ! Tiens, je t’apprendrai !
Ursule : Si tu faisais toi-même le pain, tu n’aurais pas à te plaindre.
Laurent : Mais c’est la place des femmes de faire la cuisine !
Ursule : Mais, non ! Et si,… Tiens Gertrude ! Comment vas-tu ?
Gertrude : Mal. (Dédaigneuse) Mon mari juge sa santé trop fragile pour écrire un livre. Il pense que cela le fatiguerait trop !
Laurent : Et, bien sûr, tu vas lui obéir car c’est… tiens Fernand !
Fernand : Laurent ! Ça fait plaisir de te revoir ! Mes hommages Dame Ursule !
Ursule : Vous êtes odieux Fernand ! Obliger cette pauvre Gertrude à écrire à votre place ! Vous ne pensez pas qu’elle se démène assez comme ça ?
Fernand : Suffit ! Ursule, en bonne femme, je pensais que vous seriez de mon avis. Maintenant, disposez. Laurent et moi-même allons discuter entre hommes.
Fernand prend un jeu de cartes.
Laurent : Bien. Fernand, je pense que tu ne devrais pas te laisser faire par ta femme. Il sied à une femme de faire le ménage, la cuisine et d’obéir à son conjoint. En revanche il ne lui sied guère de faire la leçon aux hommes. Bats-la et elle se soumettra. Tel est mon proverbe.
Gertrude : (d’un ton sec) Très bien. J’écrirai.
Laurent et Fernand se soûlent.
Ursule : Maintenant que nous sommes seules, voilà ce que nous allons faire…
Elles parlent à voix basse. Elles sortent.
Scène IV
Ursule et Gertrude rentrent.
Ursule : (Fort) Réveillez-vous !
Ils se réveillent péniblement.
Gertrude : Nous avons parlé avec un sergent. Il nous a informées de l’amende punissant le fait qu’une femme n’a pas le droit d’écrire et le fait qu’il est strictement interdit de faire faire son travail à autrui. Résultat : si une femme écrit, elle écope d’une amende de 8 000 louis d’or. Et de 40 ans de cachot. Et comme une femme ne gagne pas d’argent, c’est le mari qui doit payer. Si on oblige quelqu’un qui n’est pas un serviteur, (pour peu qu’il sache écrire), on doit payer 500 louis d’or et aller au cachot pendant 15 ans. Et là, c’est celui qui a obligé à travailler qui paye et va en prison. Si je vous dénonce, ce qui sera probablement le cas si vous ne chassez pas cette idée de votre tête, vous serez bon pour 55 ans de prison et une amende de 8 500 louis d’or.
Laurent & Fernand : (hurlent) COMMENT !? Mais nous n’aurons jamais assez de notre vivant !
Fernand : Je t’en prie ! (Il la supplie à genou) N’en parle pas ! Je ferai tout ce que tu voudras.
Ursule : (à Gertrude) Je te conseille de négocier quelque chose pendant qu’il est à ta merci ! Et toi, Laurent ! Comme tu t’es rendu complice, je t’ordonne de ne plus formuler de propos sur la « place des femmes ».
Gertrude : Et vous Fernand… J’étais très heureuse avec mes simples corvées quotidiennes. Mais vous, vous avez été trop feignant. Aussi, vous ne m’obligerez plus à faire plus que ce que je fais déjà. De plus, chaque jour, vous écrirez au moins 300 pages de votre livre. Jurez-le !
Ursule : Oui jurez !
Fernand & Laurent : Nous le jurons !
Laurent et sa femme sortent.
Fernand : Je comprends, désormais que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. En passant, je remarque que les chaises doivent être repeintes. (Il crie) Gertrude !
Fin
