Un projet d'avenir
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Mon récit se passe au temps où les enfants baignent, innocents, dans un monde rempli de naïveté et de rêves prometteurs. En ce temps, ma meilleure amie, Nirvelli, partageait avec moi le même objectif : nous projetions de devenir pirates, de fuguer dès notre arrivée au collège, de prendre la mer et de suivre les traces des grands aventuriers marins.
Le temps passant, nous nous rendîmes compte que, sans doute, pirate n'était pas un métier d'avenir très prometteur. Nous changeâmes donc d'avis pour nous diriger vers la branche de navigatrices.
La dernière année de collège, je me rendis compte que ce rêve d'enfance m'avait quittée. Je choisit de me diriger plutôt vers des études pour devenir astronaute. Les constellations, les astres, les planètes, le fait de voyager à travers l'espace, tout cela me passionnait. Nirvelli, en revanche, restait inébranlable sur son désir d'arpenter les voies marines. Elle me racontait, les yeux pleins d'étoiles, nos futures épopées.
Je lui mentait à moitié lorsque j'approuvais ces plans et je me sentais seule. J'avais peur de la perdre, et je voyais bien qu'un abîme se formerait entre nous si je lui disais la vérité. Mais je pris conscience que je ne pourrais pas faire semblant tout le restant de mes jours, et que plus j'attendais, plus la blessure serait profonde.
Un jour, je lui annonçait mon choix : je ne ferai pas les mêmes études qu'elle. Elle crut d'abord à une blague. Lorsqu'elle eut assimilé la nouvelle, elle était dans un tel état d'incompréhension qu'elle ne parvenait à prononcer que des bribes de phrases confuses dénuées de sens. Je repris une fois encore, calmement, lui expliquant simplement que nous ne partagions plus les mêmes idéaux et qu'elle devrait dorénavant suivre sa propre voie, et moi la mienne. Les yeux embués de larmes, elle me dit que ce ne serait plus pareil, que nous nous étions promis de travailler ensemble, et me demanda au bout du compte quel était le métier que je voulais exercer, quel chemin m'attirait plus que celui de la mer.
-J'aimerai devenir astronaute. Tu imagines toutes ces planètes inconnues à explorer, toutes ces étoiles à portée de la main, le sentiment de pouvoir décrocher la Lune...
Sur ses joues, les larmes ruisselaient.
-Comment t'es venue cette drôle d'idée? bégaya-t-elle.
-En navigant, et en voyant les astres se refléter dans l'eau. C'est un spectacle tellement beau, tellement mystérieux aussi..., lui répondis-je.
Peu à peu, une gêne s'installa entre nous. Elle me bouda, m'évita le plus possible, parla avec des personnes que d'ordinaire nous ne fréquentions pas, sans doute dans l'espoir de me rendre jalouse. Un morceau d'elle restait persuadé que j'allais revenir, que j'allais m'excuser et lui dire ô combien j'avais été sotte et que mon plus cher désir était de l'accompagner à l'assaut des mers. Les mois passaient, et je ne faiblissais pas. Au contraire, devenir astronaute m'apparaissait désormais comme ma future voix, mon seul choix. Mes parents allaient déménager dans la région parisienne pour le travail de mon père, ma chère Méditerranée serait bien loin. Je n'avertis pas Nirvelli. Nous ne nous parlions plus, et je ne voulais pas la voir sauter de joie à l'idée de ne plus me revoir. Le dernier soir, Nirvelli vint me voir et me gifla violemment. Alors qu'hébétée je frottai ma joue rougie, elle me hurla :
-Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu partais ? Je te hais, toi et tes mensonges ! Puisque le ciel t'attires autant, va donc te perdre dedans !
Elle sortit en claquant la porte. Ebranlée, je terminais ma valise. Le lendemain, dans la voiture, je ne me retournais pas pour un dernier adieu. Je laissais derrière moi une amitié brisée, un rêve abandonné, et devant moi, j'apercevais la route qui me conduirait dans les étoiles.
