Iliona
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Je m'appelle Iliona, j'ai des cheveux roux, presque rouges, des yeux verts et je mène une vie difficile. Je joue du violoncelle, de la harpe, du clavecin et de la flûte traversière. Je fais de la gymnastique, de la gymnastique rythmique, de la danse, de la natation synchronisée, de la sculpture et du théâtre. Et mes parents me trouvent encore le temps d'aller à l'école. Si encore c'était moi qui avait choisi de faire tout ça ! Mais non. Pour les instruments, c'est mon père qui a choisi. Et pour le reste, c'est ma mère. De plus, je me retrouve à faire tous les trajets toute seule, en bus. Ma mère est professeur et mon père est électricien. Je vais à l'école, à pied. Que j'aimerais pouvoir choisir mes loisirs, avoir du temps libre. J'habite en montagne. De ma place à l'école, je peux voir dehors. Soudain, je voix deux aigles. Eux, au moins, sont libres...
- Mademoiselle Iliona, pourriez-vous me donner la définition d'un triangle équilatéral, s'il-vous-plaît ?
Je suis en CM2, dans la classe de monsieur Strict. Monsieur Strict est le professeur le plus strict de l'école. Est-ce un hasard ? Je ne crois pas. Nous sommes en plein cours de maths.
- Jessica, peux-tu aider ta camarade ?
Tandis que Jessica ouvre la bouche pour parler, je dis :
- Un triangle équilatéral est un triangle à trois côtés égaux. Chaque angle mesure 60°.
- Bien, grogne le professeur tandis que Jessica me lance un regard meurtrier.
Jessica est 1ère de la classe. C'est aussi une pimbêche hors-pair. Je ne suis pas mauvaise élève. Le couple d'aigle repasse (mais non, un aigle ne fait pas de repassage!). J'aimerais tant en être un ! On dit souvent que l'aigle est un symbole de liberté... L'école touche à sa fin. Je sors et je vais à l'arrêt de bus. Pas le temps de rentrer chez moi. Après l’enchainement gymnastique, danse et théâtre, je rentre chez moi. Je me prépare à manger et je me couche. Je ne peux m'empêcher de pleurer. Mes parents n'ont, comme d'habitude pas fait attention à moi. Même pas un « Bonjour ma chérie, tu à bien travaillé aujourd'hui ? » Juste un « J'espère pour toi que tu n'as rien sauté... », car mes parents savent que je n'aime pas toutes ces activités. Dans la nuit, je me réveille inexplicablement. Enfin, pas si inexplicablement que ça. Un cri m'a réveillée. Je saute de mon lit et me dirige vers la fenêtre. Là, une drôle de scène me fait face. Deux chasseurs traînent un aigle, dans un filet. Sans réfléchir, je me précipite dehors. Il fait froid (c'est sûr, à 1 500 mètres d'altitude). Donc, je rentre et prends mon manteau. Lorsque je ressors, les chasseurs ont disparu. Vite, vite, je cours et je les vois passer l'angle d'une rue. Sans perdre de temps, je les suis. Ils entrent dans une lugubre demeure. Je les suis toujours. Je les entends parler :
- Celui-là nous donnera beaucoup ! J'estime sa valeur à 70€.
- Il vaut bien plus que cela ! Je dirais au moins 90€ !
- Disons 80€.
- OK. Reste à savoir à qui le vendre et comment nous faire de la pub sans nous faire remarquer...
- Ce ne sera pas nécessaire messieurs, puisque que vous ne le vendrez pas.
Je leur dis ça. Je faillis éclater de rire en voyant leur tête.
- Qu'est-ce que tu fais là petite ? Dit le premier.
- Ça ne sert à rien Jack. Elle nous a entendus. Il va falloir la...
Pendant qu'ils parlent entre eux, moi, je fonce attraper l'aigle et je prends mes jambes à mon cou. Quand ils s’aperçoivent enfin que je ne suis plus là, je suis déjà loin.
Je me dirige vers la plus haute montagne. De là, je la scrute. Je distingue enfin un nid. Je monte, monte, monte, toujours avec l'aigle serré contre moi. J’arrive enfin au sommet, où un nid d’aigle se dresse majestueusement. Je dépose l’aigle dedans, près de sa compagne. C’est étrange que ni l’un ni l’autre n’aient peur. Surtout que,… Surtout que la femelle couve des œufs ! Je suis sur le point de partir quand :
- Attends petite !
Je reste interdite. Depuis quand les oiseaux parlent-ils ?
- Tu nous as sauvés, moi et ma femme.
Jouant le jeu, je dis :
- Pardonnez-moi, mais je n’ai sauvé que vous.
- Non. Pendant qu’elle couve, elle ne va pas chasser.
- Et je ne suis pas prête d’avoir terminé de couver, dit soudainement la femelle.
- Fais-nous un vœu, et il s’exaucera.
Dans mon cœur, un seul vœu me vient à l’esprit. Je commence à pleurer. Les oiseaux ne paressent pas surpris. Finalement, je dis :
- Je voudrais devenir un aigle, pour être libre.
J’ai mûrement réfléchi. Mes parent ne m’aiment pas et ne m’aimeront jamais. Pour eux, je ne suis que la fille qui fait ce qu’eux-mêmes auraient voulu faire. Les oiseaux hochent la tête. Je me sens bizarre, tout à coup. Je deviens petite, mes bras deviennent ailes, mes pieds des pattes aux serres acérés et mon corps se couvre de plumes. Je suis maintenant un aigle. Je remercie les deux aigles sans vraiment comprendre ce que je dis.
- Est-ce que je sais voler ?
- Bien sûr Iliona, bien sûr…
- C’est ce qu’on appelle l’instinct naturel, rit la femelle.
Je m’élance. Je vole ! Je n’arrive pas à le croire. C’est tellement agréable. D’ici, la ville est magnifique. Je retourne à la maison. Je reste une journée. Quand ma mère vient me réveiller, elle découvre une de mes plumes. Elle ne dit rien. Elle ne pleure pas. Elle comprend.
- Comme ça tu es partie, murmura-t-elle.
Elle se rend compte, comme moi, qu’elle m’aimait un tout petit peu. Elle prévient papa et ils ne disent rien. Ils ne savent pas s’ils m’aimaient ou pas. Ils ne savent pas si ils sont tristes ou pas. Puis ils disent ensembles :
- Pardonne-nous, Iliona. Nous ne savions pas combien tu souffrais.
Iliona mourut avant ses parents (il ne faut pas oublier qu’elle était devenue un animal, et que les animaux vivent moins longtemps que les humains). Elle vécut heureuse, comme ses parents qui vécurent longtemps.
